Conférence de presse UDF à ORANGE du 24 octobre 18h00
Appréciation de situation sur le projet de loi de privatisation de GDF
De quoi s'agit-il?
Dans un premier temps, il s'agit de mener à bien la transposition, en droit français, des directives européennes relatives à l'ouverture des marchés de l'énergie et notamment de la dernière étape qui concerne les particuliers. Trois ans après les professionnels, ces derniers auront donc la possibilité, à partir du 1er juillet 2007, de se fournir en gaz et en électricité auprès de concurrents, français ou étrangers, de nos opérateurs historiques, EDF et GDF (éligibilité).
C'est dans le cadre juridique d'ouverture des marchés de l'énergie, notamment la dernière étape qui concerne les particuliers, que le Gouvernement a souhaité la privatisation de GDF afin de permettre sa fusion avec Suez. D'emblée, nous avons senti que cette piste n'allait pas dans la bonne direction (lobbying intense), une association EDF-GDF allait mieux dans le sens de l'intérêt national.
Sans ambages, l'UDF est défavorable à la privatisation du groupe GDF car nous souhaitons que l'Etat conserve les moyens d'agir dans une grande entreprise du secteur énergétique pour plusieurs raisons.
Primo une raison de principe : il y a dix-huit mois, le Parlement a voté une loi précisant que la part de l'Etat dans GDF ne descendrait pas au-dessous de 70%du capital. Le ministre de l'économie de l'époque avait d'ailleurs assuré, la main sur le coeur à la tribune de l'Assemblée, que le gouvernement ne privatiserait pas GDF!
Cette volte a fait florès depuis à l'UMP car seuls 10 députés ont votés contre l'adoption du texte et 7 se sont abstenus or on estime que 30 à 40 députés UMP sont opposés à la privatisation de GDF. Il est regrettable que le vote ne se fasse pas à bulletin secret et d'aucuns précisent: «l'UMP est redevenue comme au bon vieux temps du RPR, un parti de godillots».
Sur ce sujet important, le député MARIANI ne sait même pas abstenu, il a choisi la fuite n'entendant que son courage et/ou son ambition.
Enfin, nous regrettons qu'il n'y ait pas eu de débat de fond sur le projet de loi et nous dénonçons « les arrangements, les magouilles » entre l'UMP et le PS qui au terme d'un accord avec la majorité, a retiré ses amendements (135 000, effet d'annonce).
Je doute que ce comportement du PS ait eu pour dessein de favoriser la sylviculture et une quelconque forme d'économie durable. Cet accord tacite gauche/droite est bien pratique pour les deux partis , mais ce «une-deux» comme on dirait en football dure depuis 25 ans et nous en constatons tous les jours le résultat! (à l'exemple de la dette!)
Les députés UDF ont respecté, eux, les engagements pris, de ne pas privatiser les deux entreprises EDF /GDF. Si le Gouvernement choisit de renier ses engagements, ce n'est pas le cas de l'UDF. (2 pour, 25 contre). C'est un principe de crédibilité.
Secundo une raison d'efficacité : Suez ne représente que 3,5% du marché français du gaz, face à GDF qui est déjà le premier gazier européen. Le poids du nouveau groupe ne serait donc pas sensiblement plus important sur le marché du gaz. De plus, face à des pays tels que la Russie ou l'Algérie qui détiennent les stocks de gaz et n'hésitent pas à en faire une arme politique, on l'a vu en Ukraine, l'Etat est un interlocuteur plus imposant qu'une simple entreprise privée.
Tertio une raison d'intérêt général: à l'UDF nous préférons que l'intérêt général passe avant l'intérêt particulier, vouloir le bien commun est un principe moderne!
La privatisation de GDF priverait l'Etat d'un outil capital dans un contexte de révolution énergétique, d'instabilité géopolitique et d'exigences écologiques. Elle le confierait à une entreprise privée dont on sait que, par définition, elle est davantage préoccupée par les intérêts de ses actionnaires.
L'argument le plus lourd concerne notre politique énergétique. Cette privatisation diminuerait les leviers d'action de l'Etat.
L'énergie, c'est le long terme et c'est l'Etat qui est le mieux à même de porter le long terme.
Quarto une raison juridique : on nous annonce bien des garanties autour de ce projet comme la mise en place d'une minorité de blocage pour l'Etat, c'est-à-dire 34% du capital, assortie de droits spécifiques comme celui de s'opposer à des décisions stratégiques. Mais cette minorité de blocage interdira toute augmentation de capital de l'entreprise, sauf à ce que l'Etat achète lui-même des actions pour rester à 34%. De plus, les 34% annoncés seront peut-être mis à mal par les cessions demandées par Bruxelles pour autoriser cette fusion et qui en modifieront l'esprit. A l'instar de l'actualité de ces derniers jours avec l'intérêt porter par un élément de la bulle «chiraquienne», pour le rachat du pôle environnement de Suez. Enfin, les 66% restants seront désormais "OPAbles", à la merci d'une entreprise étrangère capable de racheter les actions de GDF/Suez. L'exemple de MITTAL illustre ce processus.
Dans le cadre du débat au Sénat, plusieurs édiles centristes UC-UDF demandent que la part de l'Etat soit au moins de 51%.(19 octobre) afin que il reste un acteur responsable dans le domaine de l'énergie et que GDF puisse nouer des alliances.
Quinto une raison économique : l'expérience a montré que la multiplication des groupes "multi-énergies" conduit presque invariablement à une concentration des entreprises, rarement bénéfique aux consommateurs et aux employés de ces groupes. A la diversité des offres succèdent en réalité les ententes entre entreprises. Le domaine de l'énergie évolue dans un cadre économique de hausse continue et durable des prix. Cette fusion se ferait contre le pouvoir d'achat des consommateurs.
Somme toute, il s'agit d'une question d'intérêt national avec laquelle il convient de ne pas transiger: l'opinion publique est contre, les syndicats sont contre, trois groupes politiques sur quatre sont contre, cette privatisation est une aberration.