Il y a quelques mois, lorsque le projet d'interdiction de fumer fut lancée au Parlement, l'idée fut accueillie fraîchement par certains Députés qui craignaient plus les réactions négatives de leurs électeurs qu'ils ne contestaient le bien fondé d'une telle mesure. Car, en réalité, les mesures préconisées en la matière ont d'abord et avant tout une motivation de santé publique.
Les uns se voyaient confrontés aux buralistes dont la situation est effectivement difficile depuis que la chasse à la fumée a commencé, il y a quelques années. Il faut aider ces professionnels à se reconvertir en élargissant les produits qu'ils doivent pouvoir proposer à leurs clients. En effet, les buralistes sont des commerçants de proximité qui, outre le tabac, rendent de multiples services, et notamment au fisc, en vendant les fameux timbres-amendes, ce qui n'est pas pour plaire aux consommateurs, mais qui trouvent pratique néanmoins de pouvoir s'acquitter de leurs infractions à proximité de chez eux.
Les autres pensaient qu'une telle mesure les rendrait impopulaires auprès de leurs électeurs fumeurs qui leur reprocheraient de les priver de leur passe-temps favori. Il fallait donc envisager de limiter l'accès à la cigarette sans déplaire à ceux qui la consument ! C'était la quadrature du cercle. En réalité, face au danger de santé publique que représente le tabac, il fallait trancher dans le vif et ne pas tomber dans le piège car sinon il était impossible d'avoir une attitude positive tendant à protéger des vies.
Il fallait pour cela regarder autour de nous ce qui se passe. Il y a bien sûr l'exemple Américain où des mesures anti-tabac extrêmement sévères ont été prises. Songez que dans certains Etats, il est même interdit de fumer sur le trottoir situé devant un hôpital ! C'est peut-être un peu excessif mais cela démontre la « guerre » que les Américains, pourtant producteurs des plus grandes marques de cigarettes, on décidé de mener contre le tabac. D'autres exemples plus proches de nous ont également montré la voie. L'Irlande des pubs enfumés a décidé de l'interdiction du tabac dans tous les lieux publics. Les tenanciers craignaient pour l'avenir de leurs établissements. Et bien, aujourd'hui, chacun s'accorde à reconnaître qu'aucune baisse de fréquentation n'est à déplorer. Encore plus près de nous, en Italie, l'interdiction du tabac est effective. Au lancement de cette mesure, chacun pariait sur le caractère latin des Italiens qui ne respecteraient pas une telle prohibition. Et bien l'Italie est bien plus vertueuse qu'on ne le dit puisque désormais on ne fume plus dans les lieux publics Italiens et personne ne s'en plaint vraiment.
On peut faire le rapprochement avec les mesures qui ont été prises au fil des ans pour améliorer la sécurité routière par exemple : limitation de vitesse, ceinture bouclée, interdiction de téléphoner en conduisant, etc. Au début chacun rechignait devant autant d'interdits. Et puis la courbe des accidents et de son lot de morts et de blessés sur les routes s'est mise à chuter. De 13.000 morts, les statistiques tombent en dessous de 5.000, c'est-à-dire un résultat spectaculaire. Moyennant quoi, les mesures sont désormais entrées dans les m½urs, les comportements des automobilistes ont changé et chacun s'en porte mieux.
Entre deux maux il faut choisir le moindre et celui de la sécurité, de la santé, de la vie nous semble beaucoup plus important que celui de la fantaisie irresponsable qui tue. C'est là un vrai sujet de société dont il convient de débattre pour faire en sorte que la raison l'emporte sur l'égoïsme propre à chacun d'entre nous.